Nivelles Athlétic Club

 

OSO 2011 Le témoignage de Philippe Gysens

La fameuse « Olne Spa Olne »…

L’avant course :
Ca fait quelques mois que je m’intéressais à cette course. Epreuve du Lafuma Trail Trophy, voici la description que j’en avais trouvée.
« Que dire encore de cette course ? L’objectif numéro 1 de tous traileurs belges avant de gouter aux organisations étrangères type UTMB. Avec ses dures conditions hivernales, ses 65 km et son dénivellé, Olne Spa Olne est LA course de référence en Belgique bien sûr et sera une nouvelle fois l’apothéose de la saison. »

Mais qu’est ce que je vais faire là ? Je suis davantage un habitué du challenge NAC que du challenge lafuma. Mais bon allez, pourquoi pas, histoire de passer l’hiver en forme…
Une question me turlupine encore… Pourquoi aller à Spa si c’est quand même pour revenir à Olne ? Allez ok, apparemment tout le monde a l’air d’accord avec le principe…

J’ai déjà fait quelques marathons mais ici ce sera une autre histoire. Mon objectif est modeste mais réaliste : je veux passer la ligne ! Tellement de choses peuvent arriver sur un parcours pareil… (Au fond de moi j’ai la volonté, si je termine, d’être sous les 8h de course)

Ma stratégie pour la course est simple : aller de l’avant, le plus régulier possible et ne jamais s’arrêter.
Les montées en fin de compte, aussi abruptes soit-elles, c’est ce qu’il y a de plus simple : dans 80% des cas, c’est très difficile de courir et si c’est pour courir à du 6km/h, autant marcher et économiser des forces. Donc les montées, je marche. Je reste concentré pour marcher vite et ne pas ralentir. J’utilise bien les bras. Mains sur les cuisses quand la pente devient trop raide. Le plat : (ou plutôt faux plat) c’est ici que ça se joue en fait car c’est le seul moment où on peut choisir l’intensité d’effort. J’essaie de courir le plus possible. Dans la 2ème moitié de course je marche davantage mais jamais trop longtemps. Les descentes : la partie la plus délicate, c’est ici qu’on met vraiment les jambes et les articulations à l’épreuve. Je ne suis pas un coureur léger, je profite des portions descendantes pour accélérer et remonter un peu ma moyenne. Je fais très attention à ma technique pour limiter les traumatismes (un conseil du coach !). Avec la lucidité qui diminue au fur et à mesure…

La course :
Après une nuit en chambre d’hôtes (peket maison offert !) et un déjeuner terroir 5 étoiles (sirop de liège maison mmmmh, tranches de Herve doux… euh non merci pas aujourd’hui…), arrivée sur l’aire de départ à Olne. Echanges sympas et photo du souvenir avec les copains nacqués présents : Renaud Sonet, Bernard Lacroix et Jean Daniel Havaux.

Km0 : Le départ est donné, les kilomètres s’enchainent dans une ambiance sympa. Un peu la cohue… vivement que le peloton s’étire. Envie de me retrouver seul avec la nature.

Km4 ou 5 : Un incident de course majeur survient et marquera le résultat de la course. Une bifurcation en épingle à cheveux mal indiquée, les hommes de tête qui vont tout droit et tout le peloton qui suit ! C’est un coureur placé juste devant moi qui se rend compte de l’erreur (cet homme mérite un prix). Des coureurs qui reviennent en face, les autres à l’arrêt, doutes et interrogations, bavardages divers. Un coureur tranche et emprunte l’épingle à cheveux et se lance dans la descente vertigineuse qui suit. Dès les premières foulées il s’écarte prétextant qu’il n’est pas bon descendeur. Moi non plus ! Et me voilà propulsé en tête de peloton. Je n’aurai jamais la réponse à cette question car ça a été très éphémère mais je me demande si à cet instant, je ne suis pas en tête de course !!!! Plus personne à l’horizon devant moi puis, pendant de longs kilomètres, tous les coureurs de l’élite qui me dépassent : short, t-shirt, pas de sac à dos, juste un bidon à la ceinture, une différence de 3 ou 4km/h. Pas de doute, je ne suis pas de cette catégorie et je ne suis pas à la place qui me correspond dans la course ! Et ça continuera comme ça pendant 10 bons kms où j’aurai l’impression d’être à la dérive tellement je suis laissé sur place par tout le monde. Je me retrouve aux côtés de Jean-Daniel qui me rattrape à son tour! On est entre le km 10 et 15 je pense et j’apprends que tous les coureurs qui se sont trompés ont parcouru 1,5km de plus !

Km15 : ça y est j’ai retrouvé ma place dans le peloton et je suis entouré de coureurs de même niveau.

Km20 : fin d’une première partie dans la course : celle où je suis en forme, mal nulle part et pas fatigué. Mon déjeuner du terroir m’étant resté sur l’estomac, je n’arrive à rien avaler pendant ces 20km ; ça m’inquiète un peu mais le déjeuner était tellement copieux qu’il m’a permis d’arriver là sans défaillance. Je m’alimente régulièrement ensuite sans aucun problème particulier. Je bois bien aussi, très régulièrement et je ne subis aucun problème à ce niveau pendant toute ma course. Pas de fringale ni déshydratation.

Au km30, passage à Spa. Il faut le savoir car on ne voit rien de la ville. Je sais juste que le ravito du km30 est à Spa ! Aucune chance de se refroidir en repartant : 50m virage à gauche et une montée inimaginable pour digérer les Tucs.

Km 35 : Une 2ème partie s’achève ici. Pendant cette partie la fatigue est croissante et commence sérieusement à se faire sentir. Comparable aux fins d’entraînements de sortie longue mais plus facile à gérer mentalement : l’OSO n’est pas le Ravel ! Le passage symbolique à la mi-course fera beaucoup de bien au moral.

Km42,2 : Ca y est, je parcoure désormais ma plus longue distance en course !

Km46 : 3ème ravito de la course et fin de la 3ème partie. Cette portion a été la plus difficile de la course. Très courbaturé, les pieds endoloris, un peu ras-le-bol… La présence de ma chérie à ce ravito n’est pas étrangère au fait que je sois reparti chargé à bloc pour la fin de course.

Km45-50 : il commence à bruiner puis à pleuvoir (j’adore la pluie !). Cela aura un effet immédiat, je me sens beaucoup mieux et j’aligne quelques kms en moins de 6min/km. A partir de là et jusqu’à l’arrivée (4ème partie), j’atteins un stade en course à pied que je ne connaissais pas encore: au-delà de la douleur et de la fatigue, je suis dans un état où je ne sens plus rien. Je me sens très bien en fait ! Fatigué mais heureux. Mal partout mais impossible de s’arrêter. Les jambes en compote mais une irrésistible envie d’accélérer. Les kms s’enchaînent et je ne vois plus le temps passer. Je remonte plusieurs coureurs. Je perds toute notion du temps. Est-on au matin ? L’après midi ? Demain c’est lundi ? Je prends tellement mon pied que je ne regarde plus ma montre. Parfois je regarde et je m’aperçois que 40 minutes se sont passées. Je n’ai rien remarqué, je courais… L’extase… Cours Philippe, cours !

Km55 : Je viens de descendre pendant une éternité, j’atterris dans un petit village en bord d’une grosse rivière. Je comprends ma situation d’un point de vue typologique, je comprends aussi que je vais déguster et que le final sera TERRIBLE ! Et en effet, le temps de traverser le village puis le parcours quitte définitivement la vallée et ça ne fera plus que monter jusque l’arrivée. Je papote avec un habitué des lieux : « il reste 10km, compte 1h30 » me dit-il.

Km60 : J’ai visualisé mentalement ma journée comme une longue succession de petites courses de 5km. C’est déjà la dernière…

Km65 : arrivée... ? Et non surprise. J’entends le speaker et je vois l’arrivée… mais au sommet de la colline d’à côté. Le parcours a encore bien changé par rapport à l’année passée et pour le même prix j’ai droit à 67,85km, 2km de plus qu’en 2010! Grrr… Je râle… Pas de problème pour poursuivre mais je râle de n’être pas prévenu. Un coup d’œil au chrono : 7h52, j’ai gagné mon pari.

Km67,85 : Je passe la ligne souriant et incrédule ; je rêve éveillé. J’ai bouclé Olne-Spa-Olne et j’y repenserai encore longtemps ! J’ai eu la grande chance de n’avoir aucun souci majeur à déplorer et je ne me suis arrêté qu’aux 4 ravitos.

Si ça s’est bien passé, c’est grâce notamment à Marc qui m’a fait un programme génial, tout en finesse, entre la digestion d’un marathon et la préparation spécifique et ses loooongues sorties, tout ça en seulement 8 semaines. Chapeau, merci coach ! Merci aussi à Marc (encore lui), Vincianne, Renaud pour leurs tuyaux tirés d’expériences passées. Et bien sur Joana, soutien précieux et indispensable pendant cette aventure, le jour J mais bien avant aussi ! Comme cela a déjà été dit ici: sans notre entourage nous ne sommes rien !

Mission accomplie, besoin de repos…