Nivelles Athlétic Club

 

SOUVENIRS DU MARATHON DU TOUQUET 2000


A tous les branchés du NAC et d’ailleurs.

Ce n’était pas possible. La lourdeur de leurs excuses, voire de leurs mensonges, transperçait même l’opacité du brouillard de ce début avril. Je voulais en avoir le cœur net… Ambiance…

Flash-back : samedi 25 mars 2000 vers 21 heures. Heure H marathon moins treize. Nous avions choisi le café Leffe du Touquet, pour notre dernier verre ; seuls les esprits des marathoniens antiques nous saluaient. Yves, Cédric et moi. Le café Leffe. Tout le monde buvait de la Leffe. Pas nous. L’heure était trop grave. J’aurais bien pris un petit verre, un seul, l’instinct de survie me le dictait, mais les deux autres me le défendaient, au prix de discours moralisateurs du genre : « Noël a toujours dit que ce n’était pas bon avant un marathon » ou « si ta femme te voyait » ou « tu ne vas pas déjà nous lâcher (déjà à ce moment-là j’en avais pourtant fort envie) ». Bref, chacun une infusion dans laquelle je me suis permis un soupçon de saveur menthe, mais peut-être était-ce déjà de trop pour les dieux du sport.

Flash-back 2 : dimanche 26 mars 9h59. Heure H marathon moins une minute. Le déluge. Le marathon allait démarrer. Cédric devait encore faire pipi. Huitième fois depuis le lever du soleil. Je ne connaissais pas cet effet secondaire de l’EPO. Yves ne savait plus faire pipi. Ils se disputaient un peu, pour la meilleure place près du buisson. Heureusement, le starter, à l’image de la vessie d’Yves, avait des ratés. 500 au départ, et déjà plus que 498 après le paf ! Cédric prend la tête pour la photo qui paraîtra 3 semaines plus tard dans « le Touquet Ouest » à côté de celle de Lolo Ferrari, page 32 ; 25 cm pour Lolo, 8 cm pour Cédric (la largeur de la photo). On peut dorénavant dire que Cédric en a une de 8 cm.

Flash-back 3 : dimanche 26 mars 17h15. De retour vers Nivelles. Temps magnifique. La BMW fend l’air. Yves et Cédric se plaignent du marathon : conditions indignes, parcours épouvantable, etc… Je veux bien les croire, mais je n’ai pas ressenti ça !

Stop ! Maintenant, on fait un peu vivre le bazar. Pour en avoir le cœur net, je retourne au Touquet, sur les lieux de mes exploits et de leur défaite, trois semaines plus tard. Mais sans eux…

C’est le 18 avril. Arrivée à l’hôtel. Le Windsor, où Yves avait fait son entrée par un tonitruant « Hellooowww, hhhowww doooo youuu dooo ? We are the NAC». J’espère qu’on ne me reconnaîtra pas, sinon c’est malbarre. Ouf, la réceptionniste n’est plus la même. La précédente a sans doute pris sa pension à cause de mes charmants compagnons. Le NAC n’ayant pas encore percé sur la côte d’Opale, elle nous avait pris pour le légendaire groupe rock the KNACK, au seul succès MY SHARONA dans les années 80 ; (eux au moins, ils ont eu un succès ; grande différence avec Yves et Cédric). Quand elle a vu Yves avec son sac poubelle avant le départ, la magie s’est grippée !

Coûte que coûte, je veux revivre l’affaire. Je demande de suite la chambre 26. Elle me dit, le regard en coin « Vous y avez sans doute un souvenir sentimental » ?

Non s’il vous plaît non ! Je l’affirmerais même sous la torture. D’abord, Yves il a des poils partout et en plus il pousse le cri de Tarzan en plein milieu de la nuit. Et il voudrait marathoner en dessous de 3 heures après ça !

Le soir, zou au café Leffe, mais pour une vraie leffe cette fois, avec sa petite sœur et sa cousine. Les garçons ne m’ont plus regardé avec leurs yeux de cabillaud de la dernière fois, la fois du thé. C’était sans doute Yves qui leur faisait cet effet-là !

Et le lendemain matin, ce 19 avril, trois semaines jour pour jour, heure pour heure après le vrai marathon, je retourne vers le départ. 10 heures topante, paf c’est parti ! Premier km en 3.12. Je n’en ai fait que 3, mais le compte est vite fait : 3.12 x 42.195 = 2h15. Il me semblait bien que ce marathon était roulant… Pourquoi m’ont-ils dit avoir tant souffert ? Ce sont des minables… Après les trois premiers km, j’ai pris un raccourci pour le dernier, là où d’après eux se situait « le mur ». Demandez-leur, ils vous raconteront, cette côte épouvantable genre boulevard de la Batterie en pire ! Les menteurs… En fait de côte, il y a 65 mètres de faux plat, environ ½ % de dénivelé ; je l’ai refaite dans un sens puis dans l’autre ; 13 secondes aller, 12 secondes retour, c’est tout dire ! Ils étaient morts, voilà la vérité ! !

Ne les croyez donc pas quand ils radotent que le Touquet, c’était pénible ! C’est vrai qu’il y avait un peu d’eau au-dessus, en-dessous, à gauche, à droite, devant, derrière, mais rien à côté de ce qu’a enduré Tabarly !

Ce sont des pleutres ! !

Il me reste à lever une équivoque, car j’entends déjà certains parmi vous signaler de manière toute mesquine, que Cédric est arrivé devant moi à ce marathon. Voici les explications.

D’abord, il n’avait pas tellement d’avance que ça ! Treize minutes, c’est de la rigolade.

N’oublions pas qu’à l’arrivée, eux ils étaient morts, moi frais, prêt à repartir pour un deuxième tour.

Ensuite, en tant que responsable du NAC, leur maman en somme, j’avais choisi de me placer entre les deux, de manière à les protéger au mieux.

Le long de la route, nous avions des supporters ; à chaque fois, presque tous les kms donc, je m’arrêtais pour demander des nouvelles de Cédric. Voilà le résumé : km 2 : il a mal au pied gauche ; il y a une seringue qui s’est coincée dans sa godasse. Km5 : il a mal au zizi, à force d’avoir uriné 8 fois avant le départ. Km12 : il me fait dire que c’est très difficile et que je ferais bien de lever le pied, ce que je fais bien sûr. Km 18 : il souffle et crache. Km 23 : il me conseille d’arrêter. Km 28 et suivants : il ne dit plus rien.

N’oublions pas qu’au km 21, je me suis arrêté au moins 4 minutes pour téléphoner à Dominique (Culot) qui courait un marathon en Provence à la même heure que nous ! Allo, Dominique, tout va bien ? Tu arrives au 19-ième ? Parfait Dominique ! Quoi ? Tu t’inquiètes pour ton poulain Yves ? Oui, tu as raison de t’en faire… Au 17-ième km, on croisait ceux du 8-ième, et là j’ai vu Yves, au loin, mais plutôt du côté du 7-ième que du 9-ième, il entrait dans une tente Croix Rouge et demandait de l’oxygène… Donc en-dessous de 3 heures, ce sera sans doute pour la prochaine fois. Oui, Dominique, ne t’en fais pas trop… Tu arrives au 20-ième ? Allez je te laisse, bonne continuation… (Et Dominique termina 4-ième ! !)

Ce n’est pas toujours rose de partir avec des jeunots qu’il faut materner, dorloter, chouchouter.

Serge

Vive le NAC !